Le rock n’existe pas

Le rock n’existe pas
Gros rebelle de rockeur, qui aime les animaux et la planète.
Gros rebelle de rockeur, qui aime les animaux et la planète.

Avant toutes choses, je tiens à dire que la démonstration qui va suivre a fait l’objet de nombreux tests en laboratoire, dont je vais vous dévoiler la procédure expérimentale. Vous pourrez apprécier la simplicité de celle-ci, et son efficacité scientifique.

Pour démontrer que le rock n’existe pas, il suffit d’une phrase fort simple, et d’un cheptel de sujets d’études, si possible jeune, parce que cela rend l’expérience plus amusante. La soirée commence, les langues se délient, et vous savez que bientôt, l’éternelle lutte pour l’accès à l’ordinateur (ou mac, nipod et autres mp3) et au choix de la musique va commencer. C’est à ce moment là qu’il faut agir. Demandez au groupe, d’une voix un peu naïve, de vous donnez une définition du rock, chacun son tour, selon l’ordre que vous désirez. Si votre groupe est suffisamment nombreux (les tests portèrent toujours sur des groupes de trois personnes ou plus), vous constaterez que l’un des cobayes se verra couper dans sa définition, par le suivant ou le précédent sondé, qui se sentira insulté par la définition donnée, sans doute parce qu’elle exclue son groupe ou son chanteur préféré. Immanquablement, vous ne réussirez pas à faire le tour de la table, de vilains débats de sourds surgiront en masse, et vous porterez la culpabilité éternelle d’avoir pourri l’ambiance de la soirée. La seule chose qui compte vraiment dans ce genre de situation, c’est de réussir à fuir avant la question fatidique « Non mais franchement, avoue, Muse ce n’est pas du rock, c’est de la pop ! T’en pense quoi ? » Ceci est le point de non retour, et dès la question posée, les visages se tourneront vers vous, et vous serez bien obligé de décevoir une partie de votre cheptel, qui vous méprisera à tout jamais pour votre inculture musicale.

Cette expérience n’ayant jamais permis d’aboutir à une définition du rock faisant consensus, il nous faut donc envisager les deux significations possibles d’un tel échec. Soit il s’agit d’une question hautement académique, auquel seul un universitaire peut répondre, soit il s’agit d’une entité creuse, d’un concept ne recouvrant rien. Rassurez-vous, je me suis décarcassé à votre place, et j’ai épluché toute les réponses académiques possibles. Aucune n’est convaincante, loin de là. En effet, elles reposent toutes sur des assertions pseudo-techniques (qui n’ont rien à voir avec la composition), ou des affirmations d’ascendance et de filiation (ce qui permet une compréhension par le rapprochement des genres, pas une définition). Les références au rythme sont toujours présentes, les définitions commencent souvent par ce point, pour ensuite nous expliquer que les balades rocks sont nombreuses et représentative du genre… On nous dit ailleurs, qu’il s’agit du courant propulsé par l’apparition de la guitare électrique…c’est bien mal connaître son Blues. La plus aberrante des affirmations étant sans doute celle qui tend à définir un courant musical suivant la composition de son orchestre (on nous dit que le rock c’est un chanteur, une ou plusieurs guitares électriques, une basse, une batterie). Dans ce cas, « la musique de chambre » ne peut plus être classique, baroque ou romantique, elle doit devenir un genre, vous comprenez donc bien qu’il s’agit là de tout sauf d’une définition musicale.

Si l’on s’intéresse maintenant à ce qu’est vraiment le rock musicalement, on constate deux choses. La

Le Grand Gourou du Rien
Le Grand Gourou du Rien

première, c’est l’apparence de diversité. La seconde, c’est l’incroyable homogénéité  du « genre ». En effet, presque tous les courants musicaux depuis les années 70 apposent la mention rock dans leur intitulé, il y a donc là quelque chose de louche. Pourtant, les 60 dernières années sont les plus pauvres à mon sens, en termes d’originalité musicale. Les mêmes suites d’accords sont utilisées à outrance, l’harmonisation reste sur un canon très précis, et très pauvre, l’utilisation des cadences est toujours identique d’un morceau à un autre, d’un groupe à un autre. Je m’excuse d’ailleurs auprès des personnes qui, n’ayant pas fait de solfège, trouvent mon vocabulaire un peu abscons, ceux là seront priés de me croire sur parole ou d’aller faire un tour au conservatoire. On constate donc, dans ces définitions, qu’elles permettent surtout de mettre fin aux insupportables disputes entre rock et pop, puisque finalement les deux termes recouvrent la même réalité musicale (écriture musicale très pauvre, pas d’originalité harmonique, un appel permanent au sentiment plutôt qu’à l’esthétisme, dans l’orchestration comme dans l’écriture des paroles).

Le pire contre exemple que vous pourrez trouver sera celui qui donne raison aux deux hypothèses cité plus haut, c’est-à-dire un snob de la musique, universitaire de son jardin, vous prouvant par A plus B que vous n’y comprenez rien, et que seul sa logorrhée vous assure une connaissance intime d’un concept creux. Car pour ressortir les vieux poncifs, je crois que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Toute forme d’enrobage pédant, d’où souvent les néologismes fusent comme des virgules, m’apparaît comme louche et hautement soupçonnable. Et quand je pense à un historien du creux, je pense au portrait ci-contre.

Pour finir, mon lectorat perdu, et sans doute un peu furieux pour partie, me rétorquera que le mot rock, s’il a été trop utilisé pour garder un sens strict et désigner un mouvement musical, recouvre quand même un concept. Au risque de vous surprendre, je suis tout à fait d’accord. Le mot rock ne désigne pas un genre musical (ou alors il les désigne tous, certains disent que Mozart est très « rock » pour le sens que cela peut avoir…) mais simplement un tampon d’adhésion à la modernité. Pour être moderne, il faut être rock. Pour être jeune, il faut être rock. Pour être musicien à succès, il faut être rock. De là l’empressement de tous les courants d’être un machin-rock. Et comme la modernité (et la postmodernité plus encore) n’a de sens qu’à son moment initial, elle n’existe que très mal en tant que courant. Elle force toute idée à devenir un non-courant. De la même façon qu’afficher une chiotte dans un musée n’a plus aucun intérêt puisque Duchamp l’a déjà fait, se déclarer musicien rock de nos jours n’a d’autres intérêts qu’obtenir la certification de conformité au monde moderne. Et notre ami Google, qui a toujours raison, a déjà trouvé la réponse, puisque quand on lui demande « c’est quoi le rock », il répond par ceci : c’est la drogue…la réponse est donnée.

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